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C’est en alliant une maîtrise
inégalée de la technique classique occidentale, perfectionnée au
contact des conservatoires européens les plus renommés, à une
sensibilité originale et sincère, que le musicologue, violoniste
et compositeur Ghassem Talebzadeh parvient à puiser dans le passé
folklorique et pastoral iranien les thèmes anciens persans qu’il
nous livre au travers de ses compositions dynamiques, apportant à
la musique moderne la poésie des couleurs subtiles et
mélancoliques de son pays.
L’une des plus récentes
compositions de Talebzadeh est un oratorio inspiré des versets
zoroastriens, ou Gathas. Comme la plupart de ses oeuvres
pour orchestre et musique de chambre, l’Appel de Zarathoustra
traduit avec virtuosité un passé historique et
poético-mythologique d’une très grande richesse, en s’inspirant
d’anciens thèmes folkloriques.
L’essence raffinée mais complexe de
la musique persane peut s’avérer à priori moins accessible au
néophyte ne connaissant que la forme occidentale de la musique.
Il faut savoir à ce propos que la
musique persane est fondamentalement monodique (non polyphonique),
d’où l’on peut en déduire l’importance du rôle de la mélodie, mais
aussi qu’elle fait partie des musiques dites modales, c’est-à-dire
basée sur les échelles diatoniques, par opposition aux gammes
chromatiques occidentales issues des modes grecs et divisées en
douze demi-tons égaux depuis l’invention par J-S Bach du
tempérament égal. Les échelles diatoniques persanes sont
nettement plus complexes puisqu’elles comportent des tons,
demi-ton et des quarts de ton au sein d’intervalles inégalement
répartis en sept modes primaires appelés Dast-gâh, ainsi
que douze modes secondaires, les Avaz.
La construction mélodique de la
musique persane est codifiée dans ce que l’on appelle des Radif,
composés d’un nombre variable de courtes séquences mélodiques
nommées Gousheh groupées par modes.
Les connaissances actuelles, bien
que parcellaires, sur l’histoire de cette musique essentiellement
improvisée, sont basées notamment sur les témoignages d’historiens
iraniens et d’orientalistes ayant eu accès à la cour royale à
l’époque Safavide au XVème siècle, et qui ont pu décrire les
divers intruments utilisés à l’époque lors des festivités et
célébrations royales.
En dehors des cercles royaux, les
scènes théâtrales de la passion religieuse (Tazi-eh)
formaient alors l’un des principaux éléments de ce que certains
ont convenu d’appeler plus récemment la musique « traditionnelle »
iranienne. En réalité, il y a moins de 150 ans que des musiens
ont commencé à codifier et à transcrire les éléments principaux de
cette musique peu connue, enseignée depuis toujours par voie orale
du maître au disciple, et dont les racines puisent au plus profond
d’un passé folklorique, religieux et national jalonné par de
nombreux bouleversements.
Au travers de son parcours
original, puisqu’il mène de front une carrière de soliste, de
pédagogue (professeur puis directeur du conservatoire de Téhéran)
et de compositeur, Talebzadeh est parvenu a créer un univers
musical cohérent, né d’une symbiose entre technique de composition
classique occidentale et d’anciens thèmes folkloriques iraniens,
cherchant une voie nouvelle à contre-courant du mouvement
traditionaliste qui domine encore actuellement l’enseignement de
la musique iranienne.
D’après Talebzadeh,
« l’improvisation et l’écoute ne peuvent être les seuls moyens
d’enseigner et de propager la musique persane. Une compréhension
réelle des principes — universels — sous-tendant la forme
musicale, comme par exemple le contrepoint, est indispensable si
l’on vise à éviter la stagnation et la perpétuation des mêmes
schémas et contenus à travers les générations. L’improvisation
n’est pas négative, bien au contraire, mais elle ne permet pas à
elle seule de transcender les limites de la forme actuelle de la
musique iranienne tout en enrichissant son langage. »
A l’instar d’Ali Naghi Vaziri, qui
a ouvert la voie en Iran à un rapprochement vers la musique
occidentale et à l’instauration d’une technique musicale plus
solide, Talebzadeh
prône l’émancipation et la création
d’une voie nouvelle pour les musiciens iraniens.
« La recherche du perfectionnement
dans la répétition des mêmes formes devra un jour laisser la place
à une évolution formelle permettant à la musique iranienne
d’acquérir une dimension culturelle et géographique nouvelle, à la
mesure de son passé historique si riche et du talent de ses
interprètes », annonce Talebzadeh.
En replaçant la musique persane
hors du contexte purement ethnique pour tendre à l’universalisme,
le travail de Talebzadeh, qui utilise des éléments folkloriques et
traditionnels comme matériaux de base, impressionne par son
authenticité et la profondeur des sentiments exprimés. Mais cette
musicalité exceptionnelle ne pourrait être atteinte sans les
transformations que l’artiste impose à la matière sonore
elle-même : afin de traduire l’impression des quarts de tons joués
sur les instruments à corde traditionnels (tels que le santur ou
le tar), Talebzadeh recourt en effet à des combinaisons de
plusieurs sons pouvant être exécutés par les intruments d’un
orchestre classique occidental.
Le résultat ainsi obtenu est
saisissant, et témoigne d’une maîtrise totale des deux
perspectives. « Il ne suffit pas d’accompagner un air folklorique
par une série d’accords majeurs ou mineurs pour restituer le
charme de la musique iranienne car le risque existe de la
dénaturer », dit Talebzadeh.
« Mais il est nécessaire
d’approcher cette musique avec curiosité, poésie et tendresse afin
d’en ressentir l’âme profonde ».

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